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Votation du 7 mars: pourquoi entend-on si peu les femmes musulmanes ?

Mardi 16 Février 2021

L’initiative UDC contre la dissimulation du visage sur laquelle le peuple se prononcera le 7 mars prochain remet la communauté musulmane sur le devant de la scène médiatique suisse. Concernées au premier chef, les femmes musulmanes de Suisse demeurent pourtant extrêmement discrètes.


Le peuple est appelé à se prononcer le 7 mars prochain sur un sujet épineux, l’interdiction de dissimuler son visage. Pourtant, une partie de la population suisse s’illustre par son silence: les Suissesses musulmanes. La raison de cette discrétion? «L’intersectionnalité des minorités, c’est à dire la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de discriminations dans une société, répond la sociologue Dr. Mallory Schneuwly-Purdie du Centre Suisse Islam et Société et spécialisée dans le champ de l’Islam et des musulmans d’Europe. Plus une personne est minorisée, moins elle sera audible ».
Minoritaires, les musulmanes le sont donc à plus d’un titre. Il y a le fait d’être une femme d’abord, et la constatation empirique que ces dernières s’expriment moins que les hommes dans notre société. Mais aussi la difficulté d’exprimer des convictions religieuses dans un pays prônant la laïcité, sans compter la lassitude de devoir sans cesse répondre aux préjugés, aux propos détournés et aux attaques infondées visant la communauté musulmane. « On peut adresser un reproche aux médias suisses, continue Dr. Mallory Schneuwly-Purdie. Lorsqu’ils donnent la parole aux femmes musulmanes, c’est toujours sur un sujet ayant trait à l’Islam, problématique de surcroît. Elles ne sont pas actrices de leur image médiatique, mais répondent à des attaques contre leur religion».
A cela s’ajoute la crainte des conséquences en cas de prise de position publique, car une femme musulmane paie souvent sa visibilité de harcèlements et discriminations. Résultat : il a été difficile de récolter les témoignages de femmes musulmanes nécessaires à l’élaboration de cet article, car la grande majorité d’entre elles n’ont pas souhaité s’exprimer. «La société stigmatise les femmes musulmanes, surtout lorsqu’elles sont voilées. S’exprimer est un cheminement difficile pour elles, c’est pourquoi certaines préfèrent rester discrètes, explique Lucia Dahlab, co-présidente des Verts de Vernier et membre de la communauté musulmane. Mais il faut leur tendre la main, et penser à cette discrimination qu’elles endurent quotidiennement et qu’elles ont malheureusement fini par intégrer ».
S’exprimer pour reprendre le contrôle de leur image 
Pourtant, malgré ces obstacles, nombre d’entre elles souhaiteraient réhabiliter l’image biaisée que la société suisse se fait d’elles. «Les femmes musulmanes n’ont plus envie d’être perçues sous un angle misérabiliste. Très conscientes de ce que la majorité pense d’elles, elles veulent s’exprimer pour enfin se défaire de cette image de femmes serviles qui leur colle à la peau », déclare Ines El-Shikh, membre des Foulards violets, un collectif féministe soutenant les femmes ayant fait le choix de porter le voile. Pour ces féministes, la liberté de choisir devrait aussi concerner les femmes désirant porter la burqa, et les collectifs romands appellent unanimement à refuser l’initiative le 7 mars prochain.
 

Anna Bonvin


L’Ecole de Iournalisme et de Communication de Genève



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