Bruxelles, ville fantôme à la veille des Fêtes de Noël

Mardi 19 Janvier 2016

Ah Bruxelles, son Manneken Pis, sa Rue des Bouchers, ce pays de culture et d'art, hélas devenu pour beaucoup... une fourmilière de djihadistes suite aux événements de Paris. Reportage au cœur du quotidien des Bruxellois, entre festivités de Noël et état d'urgence.


11h08, le train en provenance de la capitale luxembourgeoise arrive en gare de Bruxelles-Schuman sous un vilain crachin. On ne se bouscule pas au portillon pour sortir du train, et ainsi s’engouffrer dans la station de métro. Le froid et la grisaille ambiante offrent déjà une impression de ville fantôme, dans laquelle on sent «qu'il s'est passé quelque chose». Et ce sentiment intervient à hauteur des portiques, ces derniers étant restés ouverts ! On saura plus tard que la STIB (Société des Transports Intercommunaux de Bruxelles) offre les trajets pour les fêtes de Noël. Bizarre pour une ville censée être en état d'urgence.
 
L'arrêt est désert, quelques passagers déambulent sur les quais, tout comme dans le métro, et seul une retraitée armée d'un karaoké permet de donner à la rame de métro des allures de Bueno Aires en se dandinant et chantant un air de tango, avant de mendier auprès des autres usagers. La première escale a lieu à l'arrêt Joséphine-Charlotte, situé dans la commune de Woluwe Saint-Lambert, à l'est de Bruxelles.
 
Installé dans son nouvel appartement, Albert, retraité et ancien employé à la banque alimentaire, dénonce la médiatisation négative qu'a connue la Belgique, devenant la principale responsable des événements de Paris. Même son de cloche pour Kathleen, une ancienne infirmière et puéricultrice, ayant travaillé de longues années à Lausanne. Elle décrit ce mois tragique qu'était le mois de Novembre du côté de Bruxelles, la psychose ayant envahi la capitale européenne, «provoquant notamment la fermeture des écoles et des magasins, et ce pendant plus de deux jours», «tout comme le désamour des touristes et des locaux pour les différentes galeries et autres monuments historiques». Le trajet vers le quartier de Schaerbeek est triste, les arrêts de tram sont complètement dégarnis, le crachin continue de tomber, et une atmosphère lourde se fait sentir, accentuée par des sirènes au loin.
 
Les rues étant désertes, l'après-midi se passe dans l'appartement, avec comme activité principale une session lecture d'une manchette de la Libre Belgique datant du lundi 21 décembre, et dans laquelle se trouve une interview explosive du bourgmestre, maire de Bruxelles Yvan Mayer. Explosive car l'ancien conseiller municipal socialiste «allume» le gouvernement fédéral, coupable selon lui de «l'emballement médiatique» ayant amené la fermeture des écoles et la baisse de fréquentation des sites touristiques.
 
Le même quotidien affichait en première page la facture salée de 352 millions d'euros, émanant de la FEB, la Fédération des Entrepreneurs de Belgique, «l'image du pays à l'étranger inquiétant sérieusement le patronat». La douloureuse sera principalement destinée à l'économie bruxelloise.
 
La nuit est tombée sur Bruxelles, et il est temps de retrouver Geoffroy, un étudiant de l'EPHEC, la Haute École Économique et Technique. Ce dernier propose de passer la soirée dans l'une des rues les plus courues de la Capitale: la Rue des Bouchers, mondialement connue pour ses innombrables restaurants.
Comme plus tôt dans la journée le métro est...vide, et ce jusqu'à la Gare Centrale, et pour une fois il n'est point nécessaire de jouer des coudes pour descendre jusqu'aux bas fonds de la ville. A peine le temps de traverser des Galeries Royales Saint-Hubert désespérément abandonnées par les touristes et les locaux, que nous arrivons à quelques pas de la Grande Place.
 
Juste le temps d'apercevoir un ou peut-être deux militaires continuant de patrouiller dans les rues. Les chants des sirènes des serveurs essayant tant bien que mal de remplir leur établissement rythment la traversée de la Rue des Bouchers, et ce jusque devant le restaurant «Chez Léon», considéré comme étant l'un des établissements les plus courus de la capitale. Une table est facilement trouvée, alors qu'en temps normal il aurait fallu attendre une dizaine, si ce n’est une vingtaine de minutes. Peu d'étrangers y sont attablés, mis à part un couple asiatique au fond de la salle, et la sortie aura lieu sur les coups de 21h.
 
La traversée de la ville a de nouveau lieu dans le métro, on y trouve tellement de sièges inoccupés que certains passagers en profitent pour s'y coucher, la seule animation sera proposée par une jeune sans domicile fixe mendiant auprès des autres passagers. Et c'est une fois arrivé dans le quartier de Schaerbeek que les chemins se séparent dans l'obscurité bruxelloise, les lampadaires faiblissant, les sirènes retentissant au loin, et le vent hurlant dans les arbres accentuant la morosité ambiante, si fidèle à ce jour de Noël dans la capitale européenne.
 
(Cet article a été rédigé avant les événements du Nouvel-An, à savoir les arrestations des suspects et l'annulation des festivités sur la Grande Place).

Maxime Michelet


L’Ecole de Journalisme de Genève



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28/11/2016
Sophie Cusin, Léa Presgurvic et Justine Schorpp
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