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Prix des tests: voyager en temps de COVID est le privilège de la classe aisée

Jeudi 8 Avril 2021

Les tests PCR demandés dans le cadre d’un voyage sont les seuls tests que la Confédération ne prend pas en charge. En raison de leur prix élevé, se déplacer hors des frontières suisses en temps de COVID est plus que jamais source d’inégalité sociale.


180 CHF par personne, c’est le prix moyen qu’il faut débourser en Suisse pour le test PCR exigé dans le cadre d’un voyage, un des seuls tests que la Confédération refuse encore de prendre en charge. Et si ce choix se justifie par la nécessité de limiter autant que possible les déplacements en cette période de crise sanitaire, la contrainte financière du test PCR se traduit dans les faits par une situation d’inéquité sociale par laquelle le voyage, qui a pourtant connu une forte démocratisation depuis ces dernières décennies, redevient le privilège de la classe aisée. « D’un point de vue financier, le prix élevé du test privilégie une certaine classe de population aisée capable de le payer, confirme Stéphane Jayet, vice-président de la Fédération Suisse du Voyage. Pour une famille, le montant alloué aux tests peut vite dépasser 1000 francs, une somme souvent bien plus conséquente que le prix du billet d’avion, et que peu peuvent assumer. »
 
Aucune exception
Une contrainte financière qui vient encore renforcer les inégalités sociales. D’autant plus que la Confédération ne prévoit aucune exception à cette règle, pas même en cas d’obligation familiale ou professionnelle impérieuse comme le confirme Jonas Montani, porte-parole de l’OFSP: « Dans ces cas, les tests rapides antigéniques sont pris en charge par la Confédération, mais pas les tests PCR » se borne-t-il à répondre.
Quid de la quarantaine non-rémunérée imposée au retour d’une destination décrétée « zone à risque » par l’Office fédérale de la santé. Une situation délicate pour les personnes résidant en Suisse ayant de la famille à l’étranger. «J’ai été surpris de constater que dans le cas de funérailles par exemple, beaucoup renoncent à aller donner un dernier à adieu à leurs proches car ils ne sont pas en mesure d’assumer le coût financier des tests et de la quarantaine » déplore ainsi Stéphane Jayet.
 
Une solution avancée: la gratuité générale des tests
Un constat partagé par Yannis Papadaniel, responsable santé à la Fédération Romande des Consommateurs, pour qui la prise en charge du test ne devrait pas toujours incomber au particulier. « Lors de certains déplacements à l’étranger, la gratuité du test se justifie. Mais elle impliquerait un coût logistique supplémentaire car les autorités devraient vérifier le motif du voyage » relève-t-il. Et de suggérer une gratuité générale des tests, bien qu’elle puisse envoyer un message contradictoire en termes de limitation des déplacements. «Il faut accepter le fait qu’il n’existe pas de solution parfaite, continue-t-il. Il n’est d’ailleurs pas sûr que la gratuité des tests encouragera les voyages, mais elle résoudra certainement les inégalités actuelles ». Une solution également défendue par la Fédération Suisse du Voyage, qui l’a d’ailleurs déjà soumise à plusieurs reprises aux autorités sanitaires, sans obtenir jusque-ici de réponse concrète.
 

En Suisse, des prix excessifs et injustifiés

En effectuant un rapide tour d’horizon des prix des tests chez nos voisins européens, on remarque que les prix des tests PCR en Suisse sont parmi les plus élevés. En effet, et même s’ils peuvent connaître d’importantes variations selon l’établissement où le prélèvement est effectué, le prix des tests PCR se situe généralement en-deça du prix facturé en Suisse: 50 euros en France (où le test est intégralement remboursé par la protection sociale), de 60 à 100 euros en Italie, 60 à 190 en Allemagne,… «Comme bien trop souvent, les prestations sont plus chères en Suisse constate Yannis Papadaniel de la Fédération Romande des Consommateurs. Les analyses en laboratoire y sont en moyenne quatre fois plus chères qu’ailleurs en Europe. Cette problématique dépasse la pandémie: une telle différence de prix ne s’explique pas par des salaires ou un coût de la vie plus élevés, mais bien par le fait que la Suisse est un îlot de cherté ».

Anna Bonvin


L’Ecole de Iournalisme et de Communication de Genève



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