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La viande, pire ennemie de la planète

Vendredi 5 Février 2016

Contrairement aux idées reçues, l’industrie pétrolière ne serait pas le principal facteur polluant au monde. C’est bien l’industrie agroalimentaire, avec l’élevage intensif d’animaux, qui est responsable de la moitié des émissions de gaz à effet de serre et représente la première cause de déforestation en Amazonie. Elle serait donc un des premiers facteurs participant au réchauffement climatique.


Si les études de l’OMS ont déclaré la consommation de viande rouge comme « probablement cancérogène pour l’homme », des études environnementales enfoncent le clou et la considèrent sans nul doute comme le cancer de la planète. Comme relève Henk Hobbelink, agronome et co-fondateur de « Grain » (organisation internationale soutenant divers actions dans le but de garantir la sécurité alimentaire et la biodiversité), dans son livre « Hold-up sur le climat », l’industrie agroalimentaire, notamment à travers l’élevage intensif, est responsable de 44% à 57% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Elle serait donc bien plus polluante que le secteur du transport, qui est lui responsable de 13% des émissions de gaz à effet de serre.
S’y ajoutent les 37% des émissions de méthane, dont l’élevage intensif de bovins est responsable, qui sont 25 à 100 fois plus dangereuses que le dioxyde de carbone provenant des véhicules. Et ce n’est pas tout : selon Worldwatch, une organisation de recherche environnementale aux Etats-Unis, l’élevage intensif de bovins, en plus d’être responsable de la moitié des émissions de gaz à effet de serre, produit 65% du protoxyde d’azote mondial, un gaz 296 fois plus dangereux que le CO2 pour le réchauffement climatique.
Première cause de déforestation en Amazonie
Mais la dangerosité de l’industrie de l’élevage intensif ne s’arrête pas là ; il est également la première cause de dégradation écologique de la planète, notamment à travers la déforestation. Selon le Dr. Richard Oppenlander, chercheur environnemental au Etats-Unis : « l’élevage intensif est responsable de 91% de la destruction de la forêt amazonienne, ce qui représente plus de 50 millions d’hectares à ce jour ». A travers la déforestation, elle est également responsable de l’extinction de centaines d’espèces animales, d’insectes et de plantes, portant ainsi gravement atteinte à la biodiversité.
S’ajoute à cela la délocalisation de nombreuses communautés autochtones forcées de céder leur terre à l’industrie. Et pour couronner le tout, l’élevage a également engendré la création de 500 zones mortes saturés en azote dans l’océan (du aux milliers de tonnes de déjections des bovins).
Enorme empreinte hydraulique
L’élevage intensif est également très dangereux pour l’environnement en matière d’empreinte hydraulique.  Il représente à lui seul plus de 8% de la consommation mondiale d’eau et nécessite chaque année 125 milles milliards de litres d’eau aux Etats-Unis. La production d’un kilo de viande de bœuf nécessite environ 15’000 litres ; manger un hamburger (500gr de bœuf) équivaudrait, pour imager, à prendre une douche pendant deux mois d’affilés sans interruption

Où en est la Suisse ?

La Suisse est quant à elle moins touchée par le phénomène, les élevages intensifs n’y étant pas développés dans les mêmes proportions, tant niveau de la quantité que de la productivité. Toutefois, lorsqu’on prend en compte les fourrages requis par l’élevage, la part des produits d’origine animale dans l’empreinte écologique totale de la Suisse atteint près de 9%. La production de viande de bœuf et de veau est à l’origine de l’empreinte écologique la plus forte, selon un rapport de l’OFS (Office Fédéral de la Statistique).
 

La nourriture pour bovins permettrait de nourrir la planète

Selon le Dr. Will Tuttle, auteur de « Environnement et éthique », il serait possible de nourrir chaque personne sur la planète avec la quantité de nourriture destinée aux bovins des élevages. Les sept milliards d’humains sur la planète consomment chaque jour 19,7 milliards de litres d’eau et 9,5 millions de tonnes de nourriture, alors qu’un milliard et demi de bovins d’élevage consomment à eux seuls 170 milliards de litres d’eau et 62 millions de tonnes de nourriture. 50% des céréales et légumes cultivés sur la planète sont destinés à nourrir les animaux d’élevage. Aux Etats-Unis, 70% à 80% des plantations de certaines céréales sont destinées aux bovins, ainsi que 90% des germes de soja. L’industrie agro-alimentaire cultive suffisamment pour nourrir 12 à 15 milliards de personnes, il serait donc possible de nourrir toutes les personnes de la planète en transformant simplement l’alimentation destinée aux animaux en nourriture destinée aux humains. Peut être est-il temps de sortir de l’hypercarnisme et de revoir nos menus ?
 

Sophie Cusin


L’Ecole de Iournalisme et de Communication de Genève



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