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Coronavirus : une explosion des décès à Genève

Lundi 1 Juin 2020

Le Canton de Genève revient de loin. Si aujourd’hui, le nombre de nouveaux cas de Coronavirus est en constante baisse dans le Canton-ville, la mortalité y a plus que doublé durant le mois qui a précédé le pic de l’épidémie. Un record en Suisse.


« Nous avons observé une surmortalité d’environ 250 personnes, par rapport à la même période ces 10 dernières années. Et ces décès sont bel et bien imputables au Covid-19 », confirme le médecin cantonal genevois, Jacques-André Romand. Une augmentation de plus de 122 % par rapport aux 5 dernières années. Un chiffre impressionnant, si l’on tient compte des autres cantons suisses qui n’ont pas connu une telle explosion des décès, dans la même période. Un coude à coude avec le Tessin qui demeure deuxième du classement, enregistrant une augmentation de 119 %. Mais loin devant Vaud avec une augmentation des décès de 66 % ou Bâle-Ville, l’exception suisse-allemande en terme de mortalité, qui n’a déploré qu’une augmentation de 50 % de ses morts.
« Pas de données permettant d’expliquer cette surmortalité »
Si ces chiffres sont alarmants au premier abord, ils sont en premier lieu intimement liés au nombre de malades infectés. Le Canton de Genève en détient d’ailleurs le record de Suisse, avec 960 cas positifs pour 100’000 habitants. « À Genève, le coronavirus a été prédominant et c’est ce qui explique son fort impact. Ce qui peut aussi jouer un rôle, c’est la tranche de la population la plus atteinte », explique Philippe Wanner, professeur de démographie et de sociéconomie à l’Université de Genève. Vérification faite, la majorité des malades avaient moins de 49 ans. Pourtant, les décès sont principalement survenus dans la tranche de la population de 65 ans et plus. « Le canton n’a vraisemblablement pas su protéger ses aînés ! », déplore le professeur de démographie. Des propos qui font bondir le médecin cantonal : « Nous n’avons pour l’heure pas de données permettant d’expliquer cette surmortalité.
Décès anticipés
Une hypothèse qui peut expliquer cette surmortalité est le facteur temporel. Car le Canton de Genève a été l’un des premiers touchés, alors que « d’autres ont pu bénéficier d’un décalage leur ayant permis de mieux réagir face à la pandémie », explique Philippe Wanner. Un facteur temps qui a donc permis d’éviter des décès mais qui pourrait aussi avoir comme effet de les dissimuler, en diluant la surmortalité dans les 6 mois à venir. « L’épidémie de coronavirus a en effet anticipé des décès de personnes âgées ou malades. Un phénomène que l’on a pu observer avec d’autres épidémies comme celle de la grippe. Elles tuent prématurément des gens fragiles, sur une courte période, mais ce sont des décès qui, de toutes façons auraient été enregistrés dans l’année ». Une explication qui semble néanmoins un peu courte pour normaliser complètement les statistiques genevoises. « Les décès ont probablement été trop élevés à Genève pour être entièrement absorbés à la fin de l’année », précise encore le démographe. Et de conclure : « Vu l’âge avancé des victimes, ces décès auront une incidence moindre en termes d’années de vie perdues pour la société, qu’une épidémie comme la grippe espagnole, qui a tué beaucoup de jeunes personnes ».

Une surmortalité visible au niveau fédéral

Le Canton de Genève est bien un cas isolé, de par l’ampleur de la mortalité observée durant les semaines qui ont précédé le pic de l’épidémie de coronavirus. Mais la Suisse a tout de même subi une augmentation de 22 % de sa mortalité, durant cette même période. Les statistiques mettent en avant quelque 1700 décès en surmortalité au niveau fédéral. « Et, sur ce nombre, il y a bien 1600 décès qui sont imputables directement au Covid.19 », selon le professeur en démographie et sociéconomie, Philippe Wanner. Reste que cette surmortalité est inégale. Car sur les 26 cantons, seuls 12 cantons ont subi une élévation des décès, au stade actuel de l’épidémie. Celle-ci va de 15 % à plus de 100 %, des chiffres qui semblent non négligeables. « Mais le regard des démographes est d’attendre les statistiques de la deuxième partie de l’année pour confirmer un phénomène d’élévation des décès. D’autant que d’un point statistique, la Suisse est encore un pays en voie de développement... », conclut Philippe Wanner.

Joachim Tapia-Almosnino

L’Ecole de Iournalisme et de Communication de Genève




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