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Coronavirus: « Les médias utiles vont être impactés par les baisses de revenus »

Mardi 21 Avril 2020

De moins en moins consommés, au profit des réseaux sociaux, les médias traditionnels semblent tirer leur épingle du jeu en pleine crise du coronavirus. Bénéfice ou illusion ? Le spécialiste des médias Philippe Amez-Droz, enseignant au Medialab de l'Université de Genève, se montre très circonspect.


Selon-vous la crise du coronavirus profite-t-elle aux médias dits « traditionnels » ?
La réponse est oui. Elle est vérifiable de façon factuelle. Le besoin d’information augmente et on observe une hausse des audiences et de la fréquentation des journaux en ligne. Mais ça n’est que temporaire. Cela n’empêchera pas un élément d’ordre économique d’influer: les médias utiles vont être impactés par les baisses de revenu et le manque de ressources.

Quels sont les médias concernés par la baisse des revenus ?
La presse locale. C’est la plus importante mais aussi la plus impactée car elle est privée de sa vie associative et culturelle. Son mode de fonctionnement traditionnel a été temporairement abandonné pour  des sujets de type micro-trottoir autour d’un seul et même thème; comment vit-on son confinement ? Les titres locaux vont probablement rapidement se retrouver face à une pénurie de sujets.

Quel sera selon vous l’impact de cette crise sur les titres gratuits et locaux ?
Il faut tout d’abord distinguer les titres gratuits qui appartiennent à des grands groupes des autres. Un journal comme 20 minutes verra une chute de ses revenus publicitaires mais il n’est probablement pas en péril. Quant aux petits hebdomadaires gratuits, comme GHI ou Lausanne Cité, ce sont des journaux à part dans le marché de la presse. Ils ont vocation à être des supports de publicité, notamment de petites annonces et la baisse de revenus publicitaires les mettront probablement en péril. Mais cela dépendra du temps que dure la crise.

Quelle solution pour ces titres-là ?
Je crois que la Suisse compte sur une autorégulation du marché. Nous jouissons dans notre pays d’un nombre de titre nettement plus élevé que dans les autres pays européens et nous allons probablement vers une concentration de la propriété de ceux-ci. Je sens bien qu’il y a une certaine résistance, même au niveau fédéral, de venir en aide à la presse écrite imprimée. Certains acteurs doivent penser que la crise finira par faire le ménage : ceux qui doivent rester resteront et ceux qui ne le peuvent pas disparaîtront. Le vrai soutient, s’il doit en avoir un, viendra des cantons qui ne voudront pas voir disparaître leurs journaux locaux et régionaux.

Y aura-t-il selon vous d’autres difficultés rencontrées ?
Aujourd’hui, les rédactions travaillent avec des équipes restreintes mais aussi avec des ressources largement réduites. Une question qui se pose est de savoir si ce mode de fonctionnement influencera la reprise des activités après le confinement. Les rédactions se satisferont-elles des effectifs qu’ils ont adoptés durant la crise ou vont-elles revenir à des effectifs d’avant la crise ? Par ailleurs, d’autres groupes, comme Ringier ou Tamedia, profiteront de leur taille mais les conséquences économiques de la crise sur des grands groupes pourraient amener à des restructurations.

À quelle restructuration pensez-vous ?
Une recomposition du paysage médiatique. Par exemple, une fusion du 24 heures avec la Tribune de Genève. Ce sont des situations probables, comme on en avait déjà connues récemment ; la fusion entre L’Impartial et L’Express, pour devenir la plateforme numérique ArcInfo.ch, est un exemple.

Les plateformes numériques justement, ne vont-elles pas être boostées par cette crise, à l’instar du Canard enchaîné (France) qui, pour répondre à la crise, a ouvert une plateforme en ligne ?
Certainement oui. Mais cela n’est pas une solution. Même avec une forte audience, les plateformes numériques ne rapportent rien. Le passage au numérique a fait perdre 20 à 25 % des revenus liées à la publicité. Et, sur le web, les annonceurs se réservent aux réseaux sociaux. La plus grosse source de revenu d’un journal aujourd’hui reste son format papier et sa publicité papier. 

Comment pensez-vous que l’on puisse aider la presse locale ?
Le journalisme est un métier de professionnels qui agit dans un rôle de service public. Il est primordial que la presse privée puisse tirer profit de l’importance de ce service public, à la hauteur du Covid-19, pour obtenir une aide directe pour les médias locaux, une forme de redevance. Il n’y a pas que la SSR qui doit pouvoir tirer profit de cette crise.

Pourquoi la SSR tirerait davantage profit de la crise du nouveau Coronavirus ?
La SSR se targuera d’avoir piloté la crise de façon exemplaire. Il n’est pas impossible qu’un lobbying assez fort se mette en place pour augmenter le montant de redevance qui lui est actuellement uniquement destinée...


Joachim Tapia-Almosnino

L’Ecole de Iournalisme et de Communication de Genève




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