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Armée suisse: le recrutement obligatoire des femmes pourrait-il résoudre le problème d'effectifs?

Vendredi 10 Juillet 2020

Pour le chef de l’armée suisse Thomas Süssli, le quota de femmes dans l’armée, devrait passer de 0,8%, à 10% d’ici à 2030. Un prélude à la conscription pour tous, pour régler les problèmes de recrutement qui pointent à l’horizon?


« D’ici la fin de la décennie, il manquera environ un quart de soldats » déclarait Thomas Süssli au début du mois de juin lors d’une conférence de presse. Nombreux sont en effet les jeunes qui cherchent une alternative à leur école de recrue afin d’éviter l’appel sous les drapeaux. Pour faire face à la pénurie annoncée une solution émerge : rendre l’école de recrue obligatoire pour les femmes, qui jusqu’à présent pouvaient la rejoindre sur une base volontaire.
Une idée « erronée »
Résoudre la question du recrutement au sein de l’armée suisse en rendant l’armée obligatoire pour les femmes serait « erroné » selon la Conseillère fédérale et première femme cheffe du Département fédéral de la défense Viola Amherd qui privilégie d’autres voies pour sauvegarder les effectifs  « Nous devons réussir à démontrer les avantages et la valeur ajoutée du service militaire, pour les hommes comme pour les femmes. En soit, rendre le service militaire plus attrayant. »
La sécurité, pas seulement une affaire d’hommes
Pour la Conseillère fédérale, un service mixte composé d’hommes et de femmes pourrait en revanche être intéressant: « je suis convaincue qu'une proportion plus élevée de femmes dans les forces armées apporterait de nombreux avantages pour les femmes elles-mêmes et pour l'armée. La sécurité n'est pas seulement l'affaire des hommes. D'innombrables études prouvent que les équipes mixtes obtiennent de meilleurs résultats dans le monde du travail. » Elle s’emploie donc à ce que l’armée compte davantage de femmes au sein de ses rangs (lire encadré).  Cependant, il est selon elle important que les femmes soient informées sur le service militaire en participant par exemple à l’une des journées d’orientation organisées dans les cantons.
Même son de cloche du côté de l’armée qui souligne qu’il n’est en aucun cas question de rendre l’école de recrue obligatoire pour les femmes afin de régler le problème du manque d’effectifs: « l’armée a un réel intérêt à recruter d’avantages de femmes pour le service militaire car elles peuvent également utiliser leur expérience et leurs connaissances de manière profitable pour la sécurité de notre pays. »
Des rapports contestables
Pour Léonore Porchet, conseillère nationale membre des Verts, les rapports de l’armée suisse mettant en garde sur un futur manque d’effectifs sont contestables. « Dans certains cas, l’armée a transmis des rapports dans lesquels était exprimé un manque d’effectifs alors que dans d’autres, il n’en était rien. Quand il est question d’un manque d’effectifs, il y a souvent un objectif: une fois, ça a été pour rendre l’armée obligatoire pour les femmes et une autre, il était question de rendre l’accès au service civil compliqué. » explique la conseillère nationale vaudoise qui se dit opposée à l’armée obligatoire tant pour les femmes que pour les hommes. La solution à envisager semble donc pencher du côté du volontariat plutôt que de l’obligation. Les femmes seraient particulièrement motivées et engagées au sein de l’armée de par leur statut de volontaires.
 

Attirer davantage de jeunes

Rendre le service militaire plus attrayant c’est ce que l’armée s’emploie à faire depuis quelques temps. C’est le cas du programme « PROGRESS »: conversion progressive de la vie civile à la vie militaire. Ou encore du crédit de formation pour les cadres des forces armées, d’un crédit de formation militaire aux études universitaires, ainsi qu’une preuve de qualification. Mais l’armée se veut davantage consciente des besoins du personnel militaire, de l’économie et du paysage éducatif. C’est pourquoi, les appelés peuvent fréquenter l’école de recrues au plus tôt au début de leur 19ème année et au plus tard l’année où ils atteignent leurs 25 ans.


Peu de femmes dans l'armée

Aujourd’hui, c’est environ 500 femmes qui s’inscrivent chaque année à l’armée. Et elle sont à peu près 150 à abandonner pour diverses raisons. En mars 2019, 1’106 femmes étaient incorporées dans l’armée. Cela représente environ 0,8% de l’effectif réel de l’armée.  Pour Viola Amherd, il est important que l’armée compte plus de femmes dans ses rangs. C’est pourquoi, elle a mis en place en  2019, un groupe de travail pour discuter des possibles mesures. Un mandat a été mis en place afin d’imaginer une stratégie qui permettrait d’augmenter la proportion de femmes d'ici la fin 2020.

Valentine Corthay

L’Ecole de Iournalisme et de Communication de Genève




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