Une quarantaine de manifestants pour soutenir «une presse locale forte et indépendante»

Mercredi 1 Novembre 2017

La société des rédacteurs de la Tribune de Genève et le syndicat impressum ont organisé le jeudi 12 octobre dernier une manifestation en soutien à la motion de Guy Mettan, journaliste et personnalité politique genevoise du PDC, intitulée « Pour une presse locale forte et indépendante».


«A l'article de la mort », « Journal rabougri, démocratie affaiblie », les slogans étaient nombreux pour contester les décisions annoncées par le groupe de presse Zurichois Tamedia. Des journalistes de la Tribune de Genève et du syndicat Impressum sont partis du siège du journal genevois et se sont rendus à l'Hôtel de Ville afin de remettre une lettre au président du Conseil d'état, François Longchamp. La missive détaille « la position critique » qu'émet la société des rédacteurs et du personnel de la Tribune de Genève vis à vis « de la réorganisation des titres romands imposée par Tamedia ». Selon la société, la réforme voulue par l'éditeur affecterait l'identité du journal. Les manifestants ont également déposé une interpellation à la Commission des finances du Grand conseil.

Pour Edgar Bloch, ancien membre de la Tribune de Genève et membre du syndicat impressum, « l'action d'impressum est de défendre une presse locale, indépendante mais payante aussi. Le journalisme local, c'est la base. Nous sommes donc inquiets que la Ville de Genève ne dispose plus d'un titre local. C'est en plus une ville où l'économie et l'international ont une place importante, d'autant qu'il y a beaucoup de choses qui se passent dans cette région. ».

Il souligne également que le canton de Genève pourrait faire « un effort » en faveur de la presse, ajoutant que son syndicat n'est pas catégoriquement contre les investissements du groupe de presse dans les formules numériques « mais pas au détriment des journalistes alors que le groupe engrange des bénéfices records de 7 ,7 millions de francs. »

« Du délire ! »

La journaliste Laurence Bézaguet pointe la situation insolite à laquelle tamedia prépare la rédaction de la tribune de Genève : « Nous allons devenir une banlieue de Lausanne. C'est incohérent ! Nous allons nous retrouver avec un poste en économie locale genevoise basé à Lausanne. C'est du délire ! » La perte de lien local sera renforcée par le fait que le pilotage de la future rédaction échappera totalement à la Tribune de Genève,  à 24 heures et au Matin Dimanche.

La motion devait être examinée par la Commission des finances le lundi après son dépôt. La situation est plus au grave puisque la TDG a enregistré 10 départs sur l'année, des licenciements et des départs non remplacés. D'autres seraient en cours. Lors de la manifestation, certains journalistes ont également évoqué de nouveaux départs volontaires non remplacés. A noter que seul le conseiller d'état en charge des finances, Serge Dal Busco, viendra saluer les journalistes protestataires. Les derniers mots de la lettre adressée au président du Conseil d'Etat donnent à réfléchir : « Qu'en sera-t-il de la couverture des dossiers nationaux si La Tribune perd son regard genevois sur ces questions ? ». Les protestataires gardent quoi qu'il en soit un peu d'optimisme en expliquant « qu'il reste encore deux mois pour inverser la tendance ». Pour rappel, la Tribune de Genève est implantée dans le canton depuis 1879.


Les raisons de la colère

En août dernier, L'éditeur Zurichois Tamedia a annoncé la fusion des rédactions du «24 heures», du «Matin Dimanche» de la «Tribune de Genève», ses titres en Suisse romande. En conséquence, dès le 1er janvier 2018, deux nouvelles rédactions Tamedia, une en Suisse romande, dirigée par Ariane Dayer , l'actuelle rédactrice en chef du Matin Dimanche, et une en Suisse alémanique, mené par Arthur Rutishauser, rédacteur en chef de la SonntagsZeitung, produiront les contenus Suisse, Monde, Eco et Sport. Pour rappel, le groupe de médias Tamedia publie douze quotidiens et deux journaux dominicaux payants en Suisse romande et en Suisse alémanique. Chaque jour en Suisse, près de deux millions de personnes lisent les médias payants imprimés ou digitaux de Tamedia.
 
Tamedia en 2 chiffres :
37,1% : c'est la hausse des bénéfices engrangés par le groupe de médias zurichois au premier trimestre 2017. Cela représente 76,6 millions de francs.
475,1 millions : c'est le chiffre d'affaire du groupe au premier semestre 2017. A noter que cette donnée est en baisse de 5,7% par rapport aux résultats de la même époque

La motion Guy Mettan

Le député PDC et ancien rédacteur en chef de la Tribune de Genève a déposé au Grand conseil genevois une motion, intitulée « Pour une presse locale forte et indépendante», suite à l'annonce de la restructuration des titres romands du groupe de presse Tamedia. Dans sa motion, l'élu, qui ne se dit pas forcément favorable à une aide étatique pour la presse, demande au Conseil d'Etat d'agir pour préserver l'autonomie rédactionnelle et les emplois. Guy Mettan évoque aussi ses craintes de voir la Tribune de Genève disparaître au profit d'un seul journal édité par Tamedia pour toute la Suisse romande.


Vincent Malaguti


L’Ecole de Journalisme de Genève



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28/11/2016
Sophie Cusin, Léa Presgurvic et Justine Schorpp
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