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Réforme de la loi sur le viol: colère et ras le bol ont retenti sur la plaine de Plainpalais

Mercredi 28 Avril 2021

Des histoires et témoignages brutaux, il y en avait ce samedi 17 avril à la place de Plainpalais à Genève. Récit intense d’une manifestation contre le projet de réforme de la loi sur le viol discuté aux Chambres fédérales, organisée par la grève féministe de Genève et le collectif Engageons les murs.


« On a besoin d’une libération de la parole, pas de votre pitié » scande une des représentantes de la grève féministe. Cette phrase prend tout son sens lorsqu’on entend les témoignages, violents et saisissants.  À découvert ou sous anonymat, plusieurs femmes défileront pour lire leur bout de papier. L’une d’elle explique comment son ancien copain la viole par voie anale car elle refusait de faire l’amour par voie vaginale. « C’est comme si j’étais morte » lance-t-elle – alors qu’en Suisse, une pénétration anale n’est toujours pas considérée comme un viol.
Une autre dévoile comment, après des heures de violences psychologiques, elle céda à un homme. Des témoignages terribles et qui donnent le ton d’une manifestation haute en couleur et placée sous le sceau d’une détermination sans faille.
 
Libération de la parole
 
C’est peu après 11 heures en ce samedi 17 avril que le rassemblement commence, avec un peu de retard,  car la sono n’était pas encore arrivée. Qu’à cela ne tienne, une des organisatrices, sous un grand soleil, prend la parole : « On va faire une performance pour dénoncer la culture du viol et du féminicide ». Un petit groupe de femmes forme alors plusieurs rangées. Certaines se déshabillent et s’affichent seins nus ou couverts d’une croix noire. C’est fort et radical. Et ce n’est que le début. Elles reprennent un chant créé par des manifestantes du Chili s’intitulant « le violeur, c’est toi ». Les jeunes militantes hurlent ces paroles avec détermination et d’autres slogans comme « Patriarcat,  t’es foutu, toutes les femmes dans la rue » et « Ne nous regardez pas, rejoignez-nous ».
 
Très vite, le rassemblement s’étoffe et et une majorité de jeunes, hommes et femmes, a fait son apparition. Des femmes plus âgées sont également présentes, comme pour soutenir la nouvelle génération de féministes. On les entend se murmurer :  «  Sacrée présence, ces nanas » avec beaucoup de fierté.
 
Une réforme insultante
 
11h24. Aucun signe des forces de l’ordre qui ne feront aucune apparition durant tout l’événement. La sono est maintenant arrivée et les discours peuvent commencer. « L’article 190 est révisé pour la première fois depuis 1951. C’est une honte. Il est inadmissible qu’après tant d’années de luttes, le parlement ose encore ignorer que les viols par contraintes physiques ne constituent qu’une infime minorité de viols en Suisse. Un acte sexuel forcé, qu’il y ait de la violence ou pas, est bel et bien un viol » Le propos est clair et engagé : « Quelle est cette justice qui inverse les rôles et qui donne systématiquement au violeur le bénéfice du doute ? »  La manifestation enchaîne ensuite sur plusieurs points. Une activiste explique la notion d’effet de sidération, très fréquent lors d’un viol au cours duquel le corps, pour se protéger de la violence de cet acte, perd sa  capacité de défense. La victime se retrouve, indépendamment de sa volonté, dans un  état de dissociation, comme spectatrice de la scène. Cette manifestation n’a rien de doux. Elle  balance la réalité au visage et elle fait mal.
 
Les manifestantes assènent leurs chiffres, brutaux, révélateurs.  En Suisse, 81 % des victimes sont des mineurs. Dans 94 % des cas, le violeur fait partie de l’entourage de la personne violé.e. Dans 98 % de ces crimes, ce sont des hommes. Sur le sujet de la pédocriminalité, une fillette sur 11 est violée par un proche.  « La Suisse est l’un des pays avec une politique sur la condamnation du viol les plus laxistes d’Europe en termes de condamnation du viol. La loi est censée protéger les victimes et non leur bourreau » En effet, seulement 1 % des plaintes vont jusqu’aux assises. Le chemin est encore si long…
 

Une révision de loi qui privilégie un triste statu quo

La Commission juridique du Conseil des Etats a été chargée de repenser la conception juridique du viol dont la phase de consultation se terminera le 10 mai prochain. La commission a décidé de ne pas revenir sur le statu quo qui différencie le viol de l’atteinte sexuelle. En Suisse, le viol, pour être qualifié de crime, doit s’accompagner de violences ou de menaces, faute de quoi il sera perçu comme une atteinte sexuelle, réduisant la peine de dix à trois ans. Cette distinction ne représente, cependant, pas à la réalité. Dans 94 % des cas, la victime n’est pas violée par un inconnu mais par des personnes de confiance qui n’ont pas recours à la violence ou à la menace. Ou alors, elle peut se retrouver dans un état de choc, la rendant incapable de se défendre. Or dans aucune de ces situations, elles ne sont consentantes, dénoncent les associations féministes.

Fanny Graf


L’Ecole de Iournalisme et de Communication de Genève



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