Loïc Gerber, la passion de l’ultra-trail

Mercredi 9 Octobre 2019

Etudiant en droit économique et ultra-traileur vaudois, Loïc Gerber s’est déjà mesuré à plusieurs courses mythiques. Revenant sur son incroyable parcours, il dit l’importance du plaisir dans le sport. Portrait.


« Cette fois-ci, le plaisir n’y était plus… ». C’est la fin de la SwissPeaks Trail 2019 pour Loïc Gerber. Traversant le Valais d’est en ouest, cette course de 360 kilomètres accueille les meilleurs ultra-traileurs au monde. Parti avec une heure d’avance sur le temps attendu, le jeune Vaudois exécute la course parfaite.  Puis au kilomètre 50, tout bascule.
Son corps n’avance plus. Le mental prend le relais. Jusqu’à présent, rien de surprenant pour cet ultra-traileur de 26 ans, habitué à puiser dans ses ressources. Mais après 30 heures d’effort et 140 kilomètres parcourus, son état physique reste le même. « Qu’est-ce que cela aurait donné sur les 220 kilomètres restants ? Un véritable chemin de croix... » avoue Loïc. Pour qui, le sport a toujours été un moyen de se faire plaisir. Et ce, depuis sa plus petite enfance.
Mordu de sport
Bien avant sa passion du trail (course à pied en pleine nature), c’est dans le football que Loïc Gerber se distingue. Lorsqu’il a huit ans, ses parents lui offrent un livre sur les championnats de football. Son père, Christophe Gerber s’en souvient : « Livre en main, il passait des après-midis dehors à rejouer le match. Il était mordu de ce sport ! ». Constat partagé par son club qui lui octroie de nombreuses distinctions. Puis s’ensuit, à quinze ans, ses débuts en MMA (sport de combat combinant plusieurs arts martiaux).
Quatre ans plus tard, en 2012, il est vice-champion suisse de sa catégorie. Cette même année, le service militaire l’attend. Dix mois où il est souvent en montagne. « C’était un environnement qui me plaisait. Alors, j’ai continué à faire de la marche ». Venant d’une famille « montagnarde » comme il aime à le dire, les randonnées ne lui sont pas inconnues. « Il était toujours devant ! Et ne comprenait pas pourquoi nous traînions derrière lui (rires) » se rappelle son père.
« Je suis homemade »
Au fur et à mesure de ses marches, Loïc augmente le rythme. Il réalise alors qu’il est capable de beaucoup plus. En véritable autodidacte, sa manière de s’entraîner change. Si le MMA lui demandait de tout donner sur quinze minutes, en trail, l’effort dure parfois 35 heures. Ses entraînements, il les fait seul. Sans coach ni diététicien. « Il mange sainement sans se priver. Et au fil du temps, il a su adapter son alimentation afin qu’elle lui convienne pendant la course » témoigne son père, présent aux ravitaillements.
La technique? Il l’acquiert par expérience. Par ajustements de petits détails. Comme le fait d’allonger sa foulée ou de courir à certains endroits et non à d’autres. Idem pour le matériel. Loïc se décrit comme étant un « puriste » qui n’utilise ni bâtons ni compressions pour avancer. Cependant, il reste lucide sur sa situation. « Si j’appliquais mieux les techniques qui existent actuellement, je pourrais m’améliorer ». Mais Loïc a fait un choix. L’ultra-trail doit rester sa passion : « C’est un sport où tu es obligé d’avoir du plaisir, alors je fais tout au feeling! ».
« Il n’abandonne jamais »
Et la formule marche ! Depuis ses débuts en trail, à l’âge de 21 ans, il ne s’est jamais blessé. Et la rigueur dont il fait preuve à l’entraînement l’amène rapidement à des résultats. En 2017, pour sa première année de compétition, le Vaudois obtient la 46ème place au Montreux Trail. L’année suivante, il finit 7ème. Une progression qui fait sourire Christophe, son père: « Il fallait que je sois attentif à ne pas le louper lors des ravitaillements (rires) ». La même année, Loïc enchaînera huit ultra-trails dont deux réalisés en une semaine.
« Il possède un mental à toute épreuve. Il n’abandonne jamais ! » constate Léo Berdoz, un ami proche et son binôme lors des 100 kilomètres de Bienne. Persévérant également lors de la Diagonale des fous. L’ultra-trail traversant l’île de la Réunion est connu pour ses conditions météorologiques extrêmes. « La journée, c’est une fournaise de 40 degrés. Et la deuxième nuit, après 24 heures d’effort, tu es presque en hypothermie ! ». Ainsi, même lorsqu’il est victime d’hallucinations, il tient bon.
La passion de l’ultra-trail
La pratique du trail renforce cette force de caractère présente chez Loïc et lui apporte une stabilité générale. « Il est plus calme. Cela lui a permis de relativiser certaines situations de la vie » confie encore Léo Berdoz. Si Loïc se sent bien avec lui-même, il reste humble. «  Les défauts sont toujours là (rires) ». Un trait de caractère qu’il retrouve chez « des gars qui ne paient pas de mine » comme Xavier Thevenard et Killian Jornet. Deux monstres de l’ultra-trail. Comme Killian, Loïc Gerber s’est lancé un défi personnel. Traverser le canton de Vaud en 59 heures. Paris réussi. « Certains endroits sont magiques comme la Cap au Moine ou la Dent de Lys. Tu as l’impression d’être sur une île. Alors que c’est juste à côté de chez toi ! ».
Assis à la terrasse d’un restaurant, un sourire aux lèvres, l’ultra-traileur vaudois reconnaît qu’il existe autre chose que les montagnes suisses. Comme le magnifique décor de l’ultra-trail de Madère qui l’attire. Toujours à la découverte de nouveaux paysages, Loïc est sûr d’une chose, comme le disait le philosophe Frédéric Lenoir: « On ne peut vivre sans plaisir: notre vie se résumerait alors à une interminable corvée »

Bio Express

1993
Naissance le 31 mai en Suisse.
2008
Arrêt du football, après sept ans de pratique. Début du MMA (sport de combat) à l’Octogen Team Vevey.
2012
Devient vice-champion suisse de MMA. En fin d’année, obtention de la maturité et début du service militaire.
2015
Poursuite de la marche à pied, pratiquée durant dix mois à l’armée.
2016
Première course à pied sur route lors des 100km de Bienne avec Léo Berdoz, un ami proche.
2017
Participe à son premier ultra-trail (Montreux Trail) sur un coup de tête. « J’en ai bavé, n’ayant ni le bon matériel ni l’entraînement nécessaire. Malgré tout, le plaisir était là».
2018
Début d’un Bachelor en droit économique et participation à huit ultra-trails dont deux en une semaine.
2019
Record de la traversée du canton de Vaud en 59h. « C’est la course qui m’a donné le plus de satisfaction car en plus du record, je l’ai organisé du début à la fin».

Gwendoline Walder

L’Ecole de Iournalisme et de Communication de Genève




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