L’écopsychologie, une réponse à la crise écologique?

Dimanche 6 Octobre 2019

ENVIRONNEMENT- On ne compte plus les actions menées pour le climat, entre appels à la désobéissance civile, initiative contre l’élevage intensif, et, plus récemment, la marche funèbre pour le glacier du Pizol (canton de St-Gall). Comment ne pas tomber dans le désespoir face à l’urgence climatique? Aujourd’hui, l’écopsychologie apparaît comme une solution permettant de freiner la crise écologique. Ce mouvement, né dans les années 1990 aux Etats-Unis, considère que l’homme fait partie de la nature. Son but ? Permettre à chacun de se reconnecter à la Terre. Et ainsi, prendre soin de soi, des autres et de la planète.


«Greta Thunberg est clairement mentalement instable. (…) Elle vit dans une peur constante et veut nous la communiquer: « Je veux que vous paniquiez. Que vous sentiez la peur que j’ai chaque jour», pouvait-on lire dans le tweet de Maxime Bernier, chef du Parti Populaire du Canada. En effet, Greta Thunberg a peur. Et elle n’est pas la seule.
A New York, Rio de Janeiro, Paris, Melbourne… des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour dénoncer l’inaction face à l’urgence climatique. En Suisse, les marches pour le climat se succèdent depuis le début de l’année. Comme à Lausanne, en août dernier, lors du Sommet Smile for Future, où quelque 400 militants sont présents aux côtés de Greta. Partageant avec elle les mêmes inquiétudes face à l’urgence climatique. Sont-ils tous « mentalement instables » comme Maxime Bernier semble le penser ? Les écopsychologues, eux, estiment qu’exprimer ses émotions fait partie du travail de reconnexion à la nature.
Se reconnecter à la nature
Cette dernière est  « le prolongement de notre corps et de notre psyché. Si nous la dégradons, nous détériorons notre être individuel et collectif » précise Michel Maxime Egger, sociologue et auteur de plusieurs ouvrages traitant de l’écopsychologie. Ce mouvement cherche à replacer l’homme au milieu de la nature. Dans un premier temps, la reconnexion à la Terre est essentielle. Et ce n’est qu’après que les individus pourront contribuer à la santé de la planète et enrayer la crise écologique. Ainsi, « l’ambition est bien de se transformer soi, avant de transformer le monde » selon le spécialiste de l’écopsychologie. Cette transformation de soi passe par la restauration de notre lien à la nature. « Être relié, c’est s’ouvrir à la nature afin de permettre aux individus de se percevoir comme faisant partie d’elle.  Ainsi, agir vertueusement pour la planète n’est plus perçu comme un sacrifice » souligne Sarah Koller, assistante diplômée et doctorante à l’Institut de géographie et durabilité de l’université de Lausanne. Pour y parvenir, le meilleur moyen est d’entretenir un contact régulier avec la nature. En Suisse, des ateliers et des stages de plusieurs jours existent, pas autant qu’en Belgique et en France où ils sont bien plus populaires. Ainsi, les participants de toutes générations se réunissent dans la nature afin de restaurer ce lien perdu.
Sortir du déni
Certains sont des habitués. C’est le cas de Guillaume, un Français de 34 ans: « J’anime des stages d’écopsychologie dans le sud de la France. En rendant visite à mes parents, près de la frontière suisse, je suis tombé sur cet atelier « par hasard ». Il n’est pas le seul puisque Elodie, jeune trentenaire sort d’un stage de deux semaines en Suisse et a déjà suivi de nombreux ateliers sur le sujet. Si certains sont familiers avec l’écopsychologie, d’autres sont simplement sensibles à la nature. Martine Capron, écothérapeute et co-organisatrice du Congrès francophone d’écopsychologie et de transition intérieure (ConFETI) tenu en Belgique, le constate: « Les participants étaient toutes des personnes engagées et conscientes du problème écologique. Mais elles ne savaient pas comment agir pour provoquer le changement. Beaucoup étaient des jeunes en quête de solutions ». Son compagnon, Jean-Pascal van Ypersele (climatologue et ancien vice-président du GIEC) en a été le témoin. «  Ils sont sur le bon chemin. J’ai bon espoir pour la suite même si beaucoup de personnes continuent à être dans le déni » confesse-t-elle. Selon les écopsychologues, être dans le déni amène à l’inertie. D’où l’importance de prendre conscience que le changement climatique est réel. Et de reconnaître les émotions que cela provoque en nous.
Se reconnecter à notre essence d’être humain
Alors non, Greta Thunberg n’est pas mentalement instable. Pour les écopsychologues, ce serait même quelque chose de sain. Sylvie, 59 ans, habitante du Jura en est le parfait exemple: « Ce qui m’attriste le plus dans le changement climatique, ce sont les menaces qui pèsent sur les oiseaux. J’ai peur qu’ils disparaissent complètement ». Lorsque l’animateur en écopsychologie pose la question: «  qu’est-ce que cela déclenche en vous ? ».  Sylvie ne peut retenir ses larmes. En s’excusant, elle dira « je dois pleurer, cela me fait du bien ». La nature pour elle est source de réconfort. Elle possède un petit jardin rempli de mauvaises herbes où elle se ressource lorsqu’elle se sent seule. Ou lorsqu’elle n’arrive plus à faire confiance aux êtres humains.
Cette intimité partagée avec les participants de stages d’écopsychologie est nécessaire. « Voir des inconnus pleurer, nous touche dans notre humanité. Nous nous sentons appartenir à toutes les entités vivantes et non-vivantes et par conséquent à la nature » précise Sarah Koller. Une fois le travail de « vidange » de ses émotions terminé, place à la joie d’agir. Cela « revient à découvrir ce que nous pouvons faire, pratiquement pour participer à l’autoguérison de la planète » explique Michel Maxime Egger, sociologue et spécialiste de l’écopsychologie.
 

« En partageant notre histoire, nous nous autorisons à agir ensemble pour la planète »

Martine Capron, écothérapeute et co-organisatrice du Congrès francophone d’écopsychologie et de transition intérieure (ConFETI) en Belgique, souligne l’importance de transformer les émotions « négatives » en actions positives pour la planète. 
Pourquoi les émotions sont-elles si importantes?
Les émotions nous parlent de nos besoins. Il arrive que les personnes se sentent tristes parce qu’elles ont besoin d’amour et d’attention. C’est pour cela qu’il est important de laisser vivre ces émotions. Ce sont elles qui nous permettent d’accéder à la connaissance de soi à travers l’écho de la nature.
Aujourd’hui, quel est le principal obstacle à la connaissance de soi?
La souffrance. Personne n’a envie de souffrir ! Mais pour éprouver la joie de vivre et se sentir connecté à soi et à la nature, il faut passer par des moments difficiles. Ainsi, le travail de reconnaissance doit se faire avec des personnes expérimentées. N’ayons pas peur de nous plonger dans la nature vivante!
Comment sensibiliser les personnes à ce travail-là?
Il faut parler de ses expériences. Lorsque nous avons conscience de nos propres souffrances, nous arrivons plus facilement à écouter celles des autres. En partageant son histoire, nous nous autorisons à agir ensemble pour la planète. Cela fait la force du groupe. Seul, il n’y a qu’un constat d’impuissance.

Comment agir pour la planète?

Pour Joanna Macy, pionnière de l’écopsychologie, deux modes d’actions existent.  Entreprendre des actions de résistance comme celles menées par Extinction Rebellion qui décident par exemple de bloquer des ponts. Ou chercher des alternatives au fonctionnement de la société qui soit respectueuses de l’environnement. « La nature a un rythme plus lent que celui de notre société. C’est pour cela que la permaculture peut se poser comme alternative à l’agriculture intensive. Il est alors possible d’accompagner la nature plutôt que de la contraindre » propose Sarah Koller, doctorante à l’Institut de géographie et durabilité de l’université de Lausanne. Inutile cependant de prendre toute la responsabilité de la transition écologique sur ses épaules. Le réseau de militants, crée par le mouvement écopsychologique, participe à l’entraide dans la gestion des projets individuels ou collectifs. Et ainsi, éviter que les militants ne s’essoufflent.
 

Gwendoline Walder

L’Ecole de Iournalisme et de Communication de Genève




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