Des jardins et des toits

Mercredi 12 Juillet 2017

Le premier juin 2017 a eu lieu à Onex l'inauguration d'une toiture végétalisée. Une initiative
écologique qui semble s'installer un peu partout à Genève. Quel rôle la Ville de Genève joue-t-elle
dans la diffusion de ces toits et quelles sont les difficultés rencontrées par les entreprises en charge
de ces travaux ?


Une toiture végétalisée. DR
Une toiture végétalisée. DR

Jeudi 1er juin dernier s'est déroulée à Onex l'inauguration de la toiture « Nature Echo, un jardin en

toit » sur le toit du bâtiment administratif du DIP (Département de l'Instruction Publique). Ce projet

pédagogique présente la particularité d'être considéré comme un nouveau site vitrine pour le

développement durable et la nature en ville. Mais ce n'est pas le seul toit ce de genre en Suisse.

Alors que la ville de Bâle par exemple a déjà très fortement misé sur ces toitures végétalisées, à

Genève on s'y attelle de plus en plus.


Genève en retard
 

« Il y a environ une centaine de toits végétaux à Genève, et il y en a à chaque fois plus », explique

Sébastien Polli, gérant d'AlphaGreen, l'une des nombreuses entreprises qui s'occupent de la pose de

ces jardins en toit. Un chiffre qu'il n'est pas possible de préciser pour la ville d'après Philippe

Meylan, chef à la direction du Patrimoine bâti de la Ville de Genève. « Le parc immobilier propriété

de la Ville de Genève est d'environ 800 bâtiments. Cependant, nous ne tenons pas de statistiques sur

le nombre de toitures ni sur leurs surfaces. C'est donc compliqué d'établir le nombre de jardins sur

les toits. Il est alors impossible de comparer leur présence avec les autres villes de Suisse ». En

2013 il n'y avait que 5.7% des toits du canton qui étaient végétalisés selon un inventaire de Pro

Natura. D'après les chiffres officiel du canton de Bâle, 25% de leurs toitures sont végétalisées en

2016. Le taux le plus haut de Suisse et du monde. Il y a donc là un retard conséquent à rattraper

pour Genève. « De façon générale les sujets liés aux toitures végétalisées sont du ressort des

propriétaires. Ce qui est sûr ce qu'à la Ville de Genève, nous nous posons toujours la question de la

capacité de la toiture à supporter une végétalisation lorsque nous rénovons. Sur des projets neufs

c'est une consigne qui est systématiquement donnée », précise Philippe Meylan.
 

Selon le gérant d'AlphaGreen, l'existence de ces surfaces vertes ne daterait pas d' hier. « Il existe des

toits végétaux depuis presque 30 ans. Il y en avait sur les toitures de garages ou d'immeubles. Ce

n'est donc pas un phénomène nouveau, mais ça revient peu à peu à la mode ». Selon le gérant il y a,

à Genève, un million de m2 de toitures recouvertes de gravier à végétaliser. Un sacré espace où faire

prospérer ces jardins suspendus.

Pour leur faire voir le jour c'est tout une bataille. Imposer ces toitures végétales pour protéger

l'environnement n'est pas chose aisée. Il faut faire face à un certain nombre de difficultés comme le

fait que les toits ne sont pas prévus pour accueillir de la végétation. Un problème qu'a déjà

rencontré Sébastien Polli. « La plupart des toits peuvent assumer une charge minimale pouvant

supporter une faible couche de gravier. Tandis qu'une toiture végétale standard est beaucoup plus

lourde, ce qui complique son installation ». Un diagnostique qu'approuve Philippe Meylan. « Ces

complications sont généralement présentes lors des dossiers de rénovation, lorsque les toitures

anciennes présentent des limites de charges admissibles et/ou des détails de hauteurs qui ne

permettent pas d'y fixer de la végétation ». L'installation de ces toitures lors des rénovations peut

faire l'objet d'un sérieux surcoût nous apprend le chef du Patrimoine bâti de la Ville de Genève. « Le

surcoût par rapport à une toiture plate conventionnelle se calcule en fonction des projets de

végétations qu'on souhaite installer. Il peut donc varier de quelques dizaines de francs à quelques

centaines de francs au m2. Cette différence économique peut faire renoncer les plus petits

propriétaires à installer de vraies toitures végétalisées ».
 

Intérêt écologique
 

Sébastien Polli continue son inventaire des difficultés rencontrées par son entreprise. « L'une des

principales difficultés, c'est de se faire une place sur le marché des toitures végétalisées. Les

entreprises se refilent le boulot entre elles, c'est donc très difficile d'entrer dans le réseau. Les

industries qui s'occupent de l'isolation des immeubles sont également celles qui s'occupent du

gravier présent sur presque tous les toits. », affirme le gérant d'AlphaGreen. « Il y a un énorme

potentiel écologique supplanté par les intérêts économiques. Il a été prouvé que les toitures

végétales diminuent l'écart de températures sur les toits et qu'ils réduisent les phénomènes de

vieillissements des immeubles. Seulement s'ils durent plus longtemps il y a moins de travail pour

ceux qui fabriquent les toitures ». L'irrigation est également un autre problème rencontré par les

entreprises. « Souvent il n'y a pas d'eau sur les toits, donc lors des périodes de sécheresses les

plantes ne sont pas irriguées et comme elles ne repoussent pas, elles disparaissent. Un système de

récupération des eaux de pluie avec des panneaux solaires est en train d'être mis en place afin de

remédier à ce problème », indique-t-il. Un bienfait pour l'environnement que confirme Philippe

Meylan. « Les avantages écologiques pour la gestion des eaux de pluie sont fondamentaux. Moins

on retarde leur évacuation, moins il y a de surcharge sur les réseaux d'eaux usées. Une meilleure

inertie thermique des bâtiments est également à prendre en compte et, tout simplement, ces jardins

sont un complément à la biodiversité de la ville de Genève ».
 

Vision future
 

En retard par rapport à d'autres villes de Suisse, le marché des toitures végétales se développe de

plus en plus. D'après Sébastien Polli, si ces toits sont aujourd'hui relativement peu présents ils

seront bientôt légion à Genève. « Aujourd'hui leur présence est plutôt anecdotique, mais je suis

convaincu que cela deviendra la norme d'ici peu de temps. En tout cas, la demande pour

l'installation de ces toits existe bel et bien ». Un constat partagé par Philippe Meylan qui souhaite,

dans le futur, développer la présence de plantes demandant peu d'entretien. « De manière générale

nous étudions systématiquement les solutions pour accentuer la présence de ces toits dans notre

ville. Le plus souvent on recherche des végétations extensives qui n'ont besoin que de très peu de

soins, ce qui n'est pas toujours facile à trouver ». Une perspective qui présage un futur radieux à ces

jardins en toits. D'ici quelques années Genève verra la vie en vert.


Miguel Hernandez

L’Ecole de Iournalisme et de Communication de Genève




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