Covoiturage dans le Grand Genève : le grand flou

Mardi 10 Avril 2018

Alors que l’agglomération du Grand Genève fait face à une mobilité pendulaire croissante, le développement du covoiturage apparaît comme nécessaire pour désengorger la région. Cependant, les autorités manquent des chiffres et d’objectifs clairs.


L'agglomération du Grand Genève connaît un rythme de croissance économique et démographique parmi les plus élevés d'Europe. Conséquence de cet essor, du manque d’infrastructures transfrontalières et des déséquilibres de population et d’emplois à l’échelle du territoire, la mobilité routière pendulaire croit massivement avec près de 600'000 passages quotidiens aux douanes franco-valdo-genevoises. Dans l'attente de la mise en service prochaine de nouveaux axes ferroviaires (tramways et CEVA/Léman Express), de plus en plus de pendulaires franchissent en voiture les frontières entre Genève, la Haute-Savoie et l’Ain créant ainsi une saturation des réseaux autoroutiers et des principales routes transfrontalières.
Etat des lieux difficile
Faire un état des lieux du covoiturage dans le Bassin Genevois n’est pas chose aisée. L'une des difficulté majeure repose sur le manque d’informations pour établir de vraies statistiques. « La difficulté principale réside dans le fait d'avoir des indicateurs concrets quantitatifs sur l’utilisation actuelle du covoiturage et celle qui en était faite il y a quelques années pour observer la progression », avertit Ludovic Antoine, chargé de mission mobilité au Grand Genève. «Mais globalement on a des progressions importantes parce que le covoiturage est dans l’air du temps surtout dans les couloirs Annecy-Genève, Annemasse-Genève, vallée de l’Arve-Genève et Thonon-Genève ». Un avis qui n’est pas partagé par Jean-François Wahlen, fondateur du site e-covoiturage qui compte bientôt 30’000 inscrits. « Il y a une augmentation qui est permanente, mais très lente. On a développé des outils pour le covoiturage, dont la promotion à mon sens n’a pas été faite correctement, remarque-t-il. Il y aurait dû y avoir une promotion et une présence permanente dans les médias. Si l'on veut changer les mentalités on doit accompagner les gens sinon c’est un processus qui est extrêmement lent et c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui ».
Mieux que d'autres
Si l’évolution du covoiturage peut sembler lente, il y a pourtant des zones qui s’en sortent mieux que d’autres. « Il y a des secteurs où le covoiturage est assez bien développé, notamment dans la zone industrielle de Plan-les-Ouates, où 17 % des collaborateurs le pratiquent pour aller travailler. C’est un peu moins important à Zimeysa (Meyrin ndlr), qui est aussi un endroit où c’est en train de se développer », indique Alexandre Prina, Directeur de la Planification à la Direction générale des Transports du canton de Genève. D’après les chiffres du GLCT (Groupement Local de Coopération Transfrontalière), 67 % des déplacements vers Genève sont effectués en tant que conducteur, et 9 % en tant que passagers. Le taux d’occupation des véhicules est en moyenne de 1.2 personne par voiture. « Le nombre de déplacements effectués en voiture passager est stable depuis 2005 dans une agglomération qui augmente. Cela veut dire que le covoiturage s’est développé, mais qu’on reste dans les mêmes chiffres. C’est toute la difficulté de notre agglomération, on met au point des mesures qui ont des effets difficilement quantifiables », précise Alexandre Prina.
La démographie, un élément clé
Un autre élément qui rend difficile l’appréciation du covoiturage est l’évolution de la population sur le territoire du Grand Genève. En effet, chaque année la population augmente et fausse les données. « Chaque année, rien que sur la Haute-Savoie, on enregistre 10’000 habitants de plus. Un habitant c’est 3.9 déplacements en moyenne par personne et par jour. Si l'on multiplie 10’000 par 3,9, c’est 40’000 trajets par jour, détaille Loic Godbert, Directeur de la Coopération transfrontalière. Quoiqu’il arrive, il y a 40’000 déplacements en plus par jours tous les ans. Même si 20’000 prennent les transports en commun, les 20’000 restants sont quand même en véhicule individuel. ». Un constat qui invite à se demander ce que peuvent faire les autorités pour encourager et démocratiser le covoiturage afin de réguler le trafic grandissant dans cette partie du territoire.

Développer le covoiturage ? Les propositions ne manquent pas!

Covoiturage dans le Grand Genève : le grand flou

Au vu du flou autour de la question du covoiturage, quelles solutions s’offrent aux autorités pour réduire la saturation des routes et pousser les gens à adopter ce nouveau mode de déplacement ?

« Outre le déficit d’image, il faudrait peut-être des incitations telles que la déduction des frais de transport des covoitureurs, soit par rapport à un remboursement de leur employeur, soit par une déduction fiscale aux frais réels». Laurence Coudière, porte-parole du Groupement Transfrontalier Européen

« Encourager cette pratique passe essentiellement par des incitations sur le temps de parcours ou financières. Très concrètement avoir des tarifs préférentiels sur les P+R, voire un tarif préférentiel sur l’autoroute ». Loïc Godbert

« Les frais sont déjà réduits de moitié avec le covoiturage, donc c’est déjà des économies. Il faudrait plutôt mettre en place une stratégie pour ceux qui font le même trajet tous les jours, par exemple des avantages au niveau du parcage pour celui qui met à disposition son véhicule ». Jean-François Wahlen, fondateur du site e-covoiturage.

« Les voies de covoiturage, constituent vraiment un avantage en termes de temps de parcours, donc ça va inciter les gens à utiliser ces voies, analyse-t-il. Le développement de parkings de covoiturage doit être aussi envisagé. Il faut également poursuivre la promotion du site mis en place dans le cadre du programme européen transfrontalier INTERREG France-Suisse covoiturage-leman.org. Et puis, il faut également continuer la sensibilisation des entreprises ». Alexandre Prina, Directeur de la Planification à la Direction générale des Transports du canton de Genève.

« On n’a pas vraiment d’objectifs clairement annoncés pour le covoiturage, mais on sait que c’est quelque chose qui doit augmenter. Aujourd’hui 80 % des voitures sont occupées par une seule personne donc si on peut déjà en mettre 2 par véhicule on réduirait de 40 % le trafic et on n’aurait plus de problèmes de congestion ».  Alexandre Prina, Directeur de la Planification à la Direction générale des Transports du canton de Genève.

« Développer le covoiturage doit être à l’avenir une obligation. Comment défendre cette vision avec un taux d’occupation de 1.1 ou 1.2 personne par véhicule et qui représente un gaspillage important ? C’est irréversible. C’est pour ça que ça doit impérativement être développé ».  Jean-François Wahlen, fondateur du site e-covoiturage.
 
« Pour un motif de déplacement domicile-travail on est à 1.05 personnes par voitures. Ce qui veut dire qu’il y a 95 véhicules sur 100 où il n’y a qu’un seul individu. Si on arrivait à monter à un taux d’occupation ne serait-ce que de 1,1 ou 1,2, il y aurait 15 personnes de moins en transport individuel, explique-t-il. Donc 15 sur 100 sur une journée à 20’000 passages, ça fait 3000 véhicules en moins. C’est un calcul purement théorique, mais ça donne une idée de ce qui pourrait être atteint ». Loic Godbert, Directeur de la Coopération transfrontalière.
 
 



Au niveau politique, les choses bougent...

Pour rappel, une lettre d’intention a été signée le 23 janvier 2018 par les autorités genevoises et haut savoyardes. Celle-ci prévoyait des objectifs chiffrés. Les quatre axes concernés (passages frontière de Soral II, Sézegnin, Chancy II et Certoux) doivent voir leur trafic matinal réduit de 10% en mars 2019, de 20% à la fin de la même année et de 50% trois ans après la mise en service du Léman Express, ce qui mènerait à la fin de 2022. Un couperet est prévu fin 2019: si la réduction du trafic n’atteint pas 10%, les passages frontière concernés seraient réservés durant l’heure de pointe du matin uniquement aux «covoitureurs, bus et deux-roues», et cela à titre de test pendant six mois. En cas de succès, ce dispositif serait ensuite pérennisé. Pour atteindre ces objectifs, les partenaires prévoient entre autres une promotion intense du covoiturage, l’ouverture d’une voie qui lui serait réservée à la douane de Thônex-Vallard dès l’été 2018, la construction dès septembre 2018 d’un parking dédié au covoiturage à Viry, mais aussi à Valleiry et Saint-Julien. Genève s’engage également à étudier avec la Fondation des parkings l’attribution de places dédiées aux covoitureurs dans les P+R du Canton pour une réalisation début 2018.


Miguel Hernandez

L’Ecole de Iournalisme et de Communication de Genève




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