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Cris et silence, le paradoxe de la génération climat

Mercredi 25 Février 2026

La question climatique est plus que jamais d’actualité. Liée aux enjeux
environnementaux, la mobilisation des jeunes générations augmente d’année en
année, transformant le paysage politique suisse. Pourtant la participation des jeunes
lors des votations reste limitée, réaffirmant un décalage important entre mobilisation
active et engagement institutionnel, alors que la votation du 8 mars prochain sur le
Fonds climat approche.
Un paradoxe qui interroge quant au fonctionnement de la démocratie directe suisse.


Contexte

Si les jeunes générations ont aujourd'hui en 2026 à cœur les problèmes liés au
réchauffement climatique, les premières études sur le sujet ne datent pourtant pas d’hier. En
1774, le physicien et naturaliste genevois Horace-Bénédict de Saussure met au point
l’héliothermomètre, un instrument de mesure qui lui sert à étudier les effets calorifiques des
rayons du soleil. En reprenant les travaux de son confrère physicien, Joseph Fourier publie
en 1824 “Remarques générales sur les températures du globe terrestre et des espaces
planétaires”; première publication scientifique qui explicite ce que l’on appelle aujourd’hui
“l’effet de serre”. Si les bases scientifiques du réchauffement climatique sont connues depuis
longtemps, c’est la perception de “l’urgence climatique” qui s'accroît, notamment par les
jeunes (18 - 34 ans). Les formes d’activisme utilisées par les nouvelles générations au
travers de diverses grèves, manifestations, blocus (blocage du tunnel du Gothard en mai
2024 et avril 2023, manifestations pour le climat dans les villes suisses en septembre 2025,
2024 et 2023, … ). Ces mobilisations traduisent l’urgence du besoin d’agir, contribuant à
inscrire les questions climatiques de manière durable dans le débat politique.
Le système de la Confédération est fondé sur la démocratie directe qui privilégie le
compromis et la délibération. Ce modèle a vu le jour en 18481 et n’a cessé d’évoluer2, contribuant avec le temps, à la renommée et au rayonnement international d’une Suisse
perçue comme une démocratie équilibrée. Après les trente glorieuses3, de nombreuses lois
sur l’environnement et le climat ont successivement été élaborées et acceptées dans la
Constitution4. Les préoccupations environnementales ont donc été intégrées à la législation
suisse avant même l’arrivée de ces nouvelles générations.

1 Constitution fédérale
2 Instauration du Référendum en 1874, et de l'Initiative populaire en 1891 et plus tardivement, du suffrage universel mixte en 1971 pour les changements majeurs
3 Période de forte croissance économique après la seconde guerre mondiale (1945 - 1975)
4 Les principales lois liées à l’enjeu environnemental intégrées à la Constitution : Art. 74 - Protection de l'environnement (1971), Art. 73 - Développement durable (1999), Art. 76 à 80 - Gestion des ressources (1999), Art. 75a - Limitation des résidences secondaires (2012)

Urgence de l’activisme versus lenteur démocratique

Dans un contexte où les nouvelles générations se préoccupent activement de la question
environnementale, la démocratie directe qui appelle au vote populaire, apparaît comme
inadaptée face à l’urgence climatique. Un premier décalage apparaît entre l’action directe
des militants et les procédures administratives de la Confédération. Si les différentes
mobilisations liées à l'enjeu climatique, comme celle du 11 avril 2025 (manifestations pour le
climat dans plusieurs villes suisses), ont pour but de directement faire réagir les politiques,
elles se heurtent néanmoins structurellement au système démocratique suisse; un mode de
fonctionnement fondé sur la consultation populaire qui impose un rythme lent et réfléchi.
Dans ce contexte des tensions liées à la perception de l’urgence apparaissent, d’un côté
l’instantanéité des revendications militantes et de l'autre le rythme sensiblement plus lent
des procédures institutionnelles. Le contraste peut notamment s’observer entre le besoin
pressant d’agir des jeunes générations et les délais demandés par le système démocratique
suisse : récoltes de signatures, examen par le Conseil fédéral, débats parlementaires,
fixation de la date de vote. La mise en œuvre de plans d’actions peut s'étendre sur des
dizaines d’années, comme l’initiative populaire sur le fonds climat. Cette opposition -
l’urgence climatique face au tempo des procédures institutionnelles - met alors en évidence
les dynamiques complexes de l’urgence des questions climatiques dans un système
démocratique qui a été pensé pour répondre à des enjeux sur le long terme.
Les actions militantes sont souvent perçues comme plus impactantes. Mais l’initiative
populaire et le référendum restent pourtant les outils les plus sûrement efficaces en Suisse,
permettant à terme de prendre les décisions et d’adopter des lois durables.
La question n’est donc pas tant de savoir si la Suisse peut répondre aux enjeux climatiques
mais plutôt si elle est capable de le faire à temps

La participation électorale, fracture générationelle ?

Le 18 juin 2023, le peuple suisse a accepté la loi fédérale sur le climat et sur l’innovation.
Depuis, la Confédération dispose d’environ 2 milliards de francs par année pour réduire ses
émissions de gaz à effet de serre à zéro net d’ici 2050. La votation sur le fonds climat du 8
mars prochain allouerait des moyens supplémentaires (en milliards de francs) pour le budget
destiné aux besoins climatiques. L’ensemble de ces dispositions bénéficiera directement aux
jeunes générations actuelles, mais leur participation électorale reste pourtant limitée et
soulève des clivages intergénérationnels.
Les 18 - 34 ans s’engagent de plus en plus pour les enjeux climatiques (manifestations,
associations, gestes et habitudes écologiques, …), mais cela ne se traduit pas forcément
par un acte de vote. Le sentiment d'inefficacité du vote face à l’urgence ou la distance
croissante des jeunes vis-à-vis des institutions politiques peuvent contribuer à expliquer ce
décalage.

D’après un rapport du centre de compétence suisse en sciences sociales publié en 2023, la
population genevoise entre 65 et 74 ans vote presque trois fois plus que les 18-24 ans. Bien que
la participation des jeunes dans les cantons alémaniques et tessinois soit plus élevée que
dans les villes romandes, l'écart de participation électorale entre les jeunes générations et celle
plus âgée reste conséquent.

Tendance globale, impact nationale

Dans les faits, ce sont les électeurs plus âgés qui votent davantage et en Suisse la
participation électorale reste l’un des facteurs déterminant les prises de décisions politiques.
Cette réalité n’est pas propre à la Suisse mais prend une importance particulière dans une
démocratie directe où chaque vote peut influer sur l’issue d’un scrutin.
Un autre facteur important réside dans les différents modes d’information. Alors que les
personnes plus âgées préfèrent une “information traditionnelle” - presse écrite, radio,
télévision - les plus jeunes préfèrent se tourner vers les plateformes privées et les réseaux
sociaux, délaissant donc l’information très “institutionnelle” de la Confédération.

L’exclusion par l’information

En Suisse, le système démocratique veut que chaque citoyen soit suffisamment informé
pour être capable de se prononcer sur les objets de vote, parfois très techniques. Pourquoi
les jeunes participent-ils peu aux votations ? Cette nécessité d'information est parfois un
frein à la compréhension des différents textes dans une documentation dense et souvent
spécialisée. Pour une partie de la population, et notamment les jeunes qui préfèrent
consommer une information moins analytique et pas forcément objective, cette complexité
peut décourager l'intérêt pour les objets soumis à votation. Sans compter la peur du “mal
voter”, faute de mauvaise compréhension des textes, qui peut conduire à une abstention
volontaire. Cette forme d’auto-exclusion explique en partie le taux d'abstention lors de
votations. Les électeurs plus âgés, eux, ont plus d’expérience et apprécient une information
qui se veut plus traditionnelle, permettant une meilleure compréhension des objets soumis à
votation. Les jeunes votent donc moins que leurs aînés, et leurs besoins sont ainsi moins
pris en compte. Les besoins et inquiétudes des jeunes citoyens qui attendent des réponses
claires et rapides ne trouvent pas leur compte dans le système des votations tel qu’il existe
actuellement en Suisse. Dans cette situation, quelques actions essaient de sensibiliser les
jeunes à la question du vote. Des plateformes de vulgarisation et des formats numériques
dédiés essaient de rendre la compréhension des sujets électoraux plus accessible. Le
fonctionnement du système démocratique suisse d’aujourd’hui interroge.
Mais quelles autres stratégies permettraient de favoriser la participation électorale des
jeunes ?
Le décalage entre la forte mobilisation des jeunes et leur faible participation
électorale est loin de traduire un désintéressement politique; mais reflète
plutôt une évolution des manières de s’engager.

Une forme d’action directe qui prend une certaine distance vis-à-vis des institutions mais
reste secondaire face à l’Initiative populaire et au Référendum. L’enjeu est dès lors de
concilier l’engagement croissant et actif des nouvelles générations avec le système
institutionnel de la démocratie directe au lieu de les confronter. Rendre l’information plus
accessible et adapter les modes de participation pourraient impliquer davantage les
jeunes dans les processus démocratiques

FOURNIER Vincent


L’Ecole de Iournalisme et de Communication de Genève



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